Exposé (2):La fée / Les fées

Les fées
Les fées sont des personnages récurrents de la littérature du Moyen-Âge, parmi les plus connues, La fée Morgane, sa soeur la fée Viviane et leur nièce la fée Mélusine et des contes en général,( que l’on appelle d’ailleurs « contes de fées ») on connaît surtout la fée Clochette de Peter Pan et la fée Carabosse qui désigne la fée maléfique, telle celle de La belle au bois dormant, baptisée ainsi bien après Perrault. Ces êtres surnaturels ont en quelque sorte remplacé les déesses de l’antiquité, en tout cas, elles ont gardé leurs pouvoirs et leur ascendant sur les hommes.
Dans les Contes de Perrault, sur les 11 contes, 5 seulement mettent en scène des Fées ( Peau d’Âne, La Belle au bois dormant, Les Fées, Cendrillon et Riquet à la houppe) et un conte met en scène un Dieu, Jupiter, Les Souhaits ridicules. Sur les 12 fées qui interviennent ( dans le conte Les fées, le titre au pluriel n’est pas justifié puisque c’est une seule et même fée qui prend des aspects différents), aucune n’ a un nom (La réécriture en prose de Peau d’Âne,donne un nom à la fée : « la fée des Lilas ») et une seule est maléfique, la huitième fée qui s’invite au baptême de la princesse de La belle au bois dormant. Ce choix invite à penser que Perrault voulait davantage que les fées engendrent le rêve plutôt que la crainte.
REMARQUE : les fées pouvant prendre n’importe quelle apparence, certains objets sont  » fées », telles les bottes de sept lieues de l’ogre qui non seulement permettent d’aller très vite mais qui de plus s’adaptent au pied de celui qui les chausse ou encore la clef du cabinet maudit de La barbe bleue, qui garde des trace de sang indélébiles, preuves de la curiosité de la jeune princesse.
Ce sont des personnages merveilleux en raison de :
- leurs accessoires extraordinaires : outre la baguette magique indispensable pour accomplir des « métamorphoses », la jeune fée arrive auprès de la princesse de la princesse qui vient de se blesser  » dans un chariot tout de feu, traîné par des dragons » ; elles peuvent se transformer telle celle du conte Les fées qui prend deux aspects différents selon qu’elle apparaît à l’une ou à l’autre.
- de leurs pouvoirs surnaturels: – elles ont le pouvoir de métamorphoser : tantôt elles mêmes telle celle du conte Les fées qui prend deux aspects différents selon qu’elle apparaît à l’une ou à l’autre des deux soeurs, tantôt ce qu’elles touchent avec leur baguette magique. Ainsi la citrouille devient carrosse, les souris des chevaux, le rat un cocher, les haillons de riches vêtements, les lézards des laquais. Il est à noter que ces métamorphoses spontanées et totales respectent le principe analogique que l’on peut observer dans Les Métamorphoses d’Ovide : la métamorphose garde un aspect de l’objet ou de l’animal métamorphosé : les chevaux sont gris, comme les souris, la coupe de l »habit des laquais rappelle la queue des lézards, la forme du carrosse rappelle la rondeur de la citrouille.
- donner des dons, dés lors ce sont des marraines idéales : la Belle au bois dormant en a 7 (+1) et chacune lui offre un don ( la beauté, la musique, le chant, l’intelligence, la grâce, la danse)
- elles accomplissent des prouesses, par exemple la plus jeune des fées qui avait assisté au baptême de la Belle au bois dormant, elle se présente au château dans l’heure qui suit l’accident survenu à la jeune princesse bien qu’elle habite  » à douze mille lieues de là » ; elles ne peuvent pas d’arrêter le temps mais elle peuvent mettre en léthargie tout le personnel d’un château pendant cent ans.
- elles gouvernent, infléchissent ou corrigent les destinées humaines. Ainsi, Riquet à la houppe est laid,mais il pourra donner de l’esprit à qui il voudra ; La benjamine des fées de La Belle au bois dormant, à défaut d’infléchir les prédictions de son aînée, » je n’ai pas assez de puissance pour défaire entièrement ce que mon ancienne a fait », elle les corrige :  » mais au lieu de mourir, elle tombera seulement dans un profond sommeil… »
- elles prédisent l’avenir, ainsi celle qui est présente à la naissance de Riquet à la houppe et qui assure  » qu’il ne laisserait pas d’être aimable, parce qu’il aurait beaucoup d’esprit. »
- elles récompensent ou punissent, comme l’illustre le conte Les fées : l’une des soeurs est récompensée pour sa bienveillance et sa cordialité, l’autre au contraire est punie par la même fée.
Les fées sont respectées et honorées : le père de la Belle leur offre à chacune  » un étui d’or massif, où il y avait une cuiller, une fourchette, et un couteau de fin or, garni de diamants et de rubis. » Et dés lors qu’on leur manque de respect, la sentence est immédiate, la huitième fée, qui avait été oublié parce qu’on la croyait morte, et pour laquelle il n’est pas prévu de présent, se venge en prédisant la mort de la princesse. De même l’aînée des Fées paiera cher son orgueil et son manque de courtoisie à l’égard de la fée qui lui demande à boire.
Les fées sont très humanisées : elles éprouvent les même sentiments que les humains : la colère ( La Belle au bois dormant); l’ humiliation ( La belle au bois dormant, Les Fées) ; la vengeance ( La belle au bois dormant, Les fées) ; la reconnaissance ( Les Fées) ; elles ont les mêmes qualités et les mêmes défauts que les humains, même s’il est vrai que les fées ont souvent plus de qualités que de défauts : la bonté ( La belle au bois dormant ; Les fées), la bonne marraine de Peau d’Âne donne même à sa filleule sa baguette magique qui lui permettra tantôt de dissimuler sous terre la malle remplie de ses vêtements et de ses bijoux tantôt de la faire apparaître et de l’ouvrir.; la méchanceté (La belle au bois dormant).
Elles ne sont pas infaillibles, la marraine de Peau d’Âne se méprend à quatre reprises dans les conseils qu’elle prodigue, elle ne connaît pas vraiment la puissance de la passion :  » Cette fée était bien savante, / Et cependant elle ignorait encor / Que l’amour violent pourvu qu’on le contente, / Compte pour rien l’argent et l’or » et seule la fuite de Peau d’Âne empêche le père de commettre son crime. De plus, leurs pouvoirs sont limités. La jeune princesse convoquée au baptême de la Belle au bois dormant, bien qu’ayant anticipé sur les mauvaises intentions de la vieille fée, ne peut annuler le maléfice prononcé mais seulement l’atténuer. Est-ce à dire qu’il existe une hiérarchie chez les fées et qu’elles sont elles aussi soumises au droit d’aînesse en vigueur au dix-septième siècle ?
Bien plus, leurs pouvoirs sont énigmatiques . En effet, la fée qui préside à la naissance de Riquet à la houppe, est la même que celle qui préside à celle de la cadette du même conte, mais alors qu’elle a fait don au jeune prince, pour compenser sa laideur  » le don de donner autant d’esprit qu’il en aurait à la personne qu’il aimerait le mieux », elle prétend qu’elle ne peut  » rien [...] du côté de l’esprit [...] mais tout du côté de la beauté ». Le conteur la fait-il mentir pour servir son intrigue ou ses pouvoirs sont-ils  » à usage unique » ?
Les fées ont aussi un rôle moral ou éducatif. Par exemple, telle fée rassure la mère de Riquet à la houppe sur son avenir et atténue ainsi sa déception maternelle devant un enfant aussi laid, en revanche, cette même fée modère l’orgueil et l’admiration de la future belle-mère de Riquet à la houppe, en lui annonçant que sa fille  » n’aurait point d’esprit ». La marraine de Cendrillon lui rappelle les vertus de l’obéissance en lui expliquant que les métamorphoses qu’elle a opérées sont limitées. Cendrillon fera l’expérience des conséquences négatives de la désobéissance, même si par ailleurs les conséquences à long terme sont positives La marraine de la Belle au bois dormant est une confidente attentive qui met tout en oeuvre pour que sa filleule échappe au désir incestueux de son père.
Elles mettent à l’épreuve les personnages. Ainsi, la fée des Fées se cache sous les aspects d’une vieille femme ou d’une femme très élégante pour ne pas éveiller les soupçons des jeunes filles et ainsi s’assurer de leur probité ou au contraire de leur malhonnêteté, en conséquence de quoi l’une est récompensée et l’autre est punie.
La représentation des fées chez Gustave Doré : est très éloignée de l’univers des contes de Perrault. Tout d’abord, sur le 41 illustrations, seulement 2 présentent des Fées : Cendrillon et Les fées. Ensuite, nous pouvons constater que les fées n’ont rien d’extraordinaire physiquement et qu’elles ont perdu de leur superbe : la jolie marraine de Cendrillon officie dans une cuisine sordide où sèchent des haillons, au milieu des souris qui se délectent des épluchures de citrouille, elle a les traits d’une vieille femme au visage ridé, à la taille très forte, à la vue déficiente, vêtue comme une servante; à côté d’elle Cendrillon semble élégante alors que le texte de Perrault insiste sur le délabrement et la saleté de ses vêtements ; de plus Gustave Doré a choisi de représenter la première apparition de la fée des Fées, celle qui a pris les traits d’une vieille et pauvre femme qui s’aide d’un bâton pour marcher et non pas l’élégante dame qui apparaît à l’autre soeur. Par ailleurs les pouvoirs magiques ne sont pas du tout exploités. Au lieu d’un baguette magique, la fée de Cendrillon tient un gros couteau et elle s’affaire à découper la citrouille comme le ferait une servante, nous sommes loin de la magie de la métamorphose spontanée de la citrouille en carrosse comme le précise le conte de Perrault,tout laisse croire qu’il s’agit d’un long travail d’élaboration ; la baguette magique de la fée que rencontre la cadette des Fées, est remplacée par un bâton de marche. C’est que Gustave Doré veut rendre compte d’un univers moins merveilleux et davantage fantastique et laisse plus de place au mystère qu’au rêve. Ainsi on ne distingue pas vraiment le visage de la fée qui arrive à la fontaine, non seulement parce qu’il est en partie caché par la capuche de sa cape, mais aussi parce que le trait est moins précis, ce qui lui confère l’ aspect mystérieux de quelqu’un qui veut passer inaperçu, ou qui ne veut pas être reconnu, ou du moins qui ne veut pas attirer l’attention. Par ailleurs, le choix d’un lieu sombre et exigu, à peine éclairé par la flamme d’une bougie, n’anticipe pas vraiment sur la scène de métamorphose de la citrouille, c’est le visage radieux de Cendrillon, son regard attentif, qui étonnent et interpellent ( visage particulièrement mis en lumière) : en effet, on se demande ce que cette jeune fille trouve de si passionnant dans cette citrouille et dans le geste de cette vieille femme. C’est donc l’imagination de l’enfant qui regarde l’image qui est sollicitée, à lui de se créer un monde à partir de sa lecture de l’image.



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