Exposé (3):Les femmes

Les femmes :
Dans les contes, Perrault dresse un portrait de la femme pour le moins péjoratif. En effet, la femme est présentée comme étant avant tout un objet de séduction et de désir, et ses atouts physiques sont déterminants. Toutes les jeunes filles, à l’exception de l’aînée dans Riquet à la houppe, sont d’une beauté parfaite ; les toilettes, les coiffures, les occupent beaucoup et Peau d’Âne, ne manque pas le dimanche de mettre ses jolies robes, la souillon se métamorphose en princesse. Les maris de Griselidis (  » l’objet le plus agréable / le plus doux et le plus aimable »),de Peau-d’Âne ( » Quelques soient les habits, la beauté de son visage, / Son beau tour, sa vive blancheur, / Ses traits fins, sa jeune fraîcheur / Le touchent sent fois davantage. »), de la Belle au bois dormant ( » le plus beau spectacle qu’il ait jamais vu »), de Cendrillon (« Ah ! qu’elle est belle »), ne peuvent résister à l’extrême beauté de ces jeunes filles, inconnues et rencontrées par hasard. Perrault, va même jusqu’à affirmer que les femmes elles-mêmes accordent la plus grande importance à leur apparence :  » [...] sous le Ciel, il n’est point de femelle / Qui ne s’imagine être belle, / Et qui souvent ne s’imagine encore / Que si des trois Beautés la fameuse querelle / S’était démêlée avec elle, / Elle aurait eu la pomme d’or; ». Ainsi la femme est-elle une créature superficielle, elle attache plus d’importance au paraître qu’à l’être aussi Perrault rappelle-t-il que la beauté n’est pas ce qui doit importer le plus :  » la bonne grâce / Est sans prix et vaut mieux encor »
Mais ce que lui reproche davantage Perrault c’est :
- son caractère : Perrault reproche aux femmes d’être bavardes (  » maudite pécore », « caquette ») aussi le boudin pendu au bout du nez de la femme du bûcheron était un avantage certain, et pas un si mauvais voeu puisqu’il  » l’empêchait de parler aisément, / Pour un époux merveilleux avantage, / Et si grand qu’il pensa dans cet heureux moment / Ne rien souhaiter davantage. »; le père du Petit Poucet reproche à sa femme de répéter toujours la même plainte, mais ce qui le dérange le plus, c’est qu’elle a raison, et comme il ne veut le reconnaître, il menace de la battre si elle ne consent pas à se taire et l’auteur de commenter son attitude en ces termes :  » [...] elle lui rompait la tête et [...] il était de l’humeur de beaucoup d’autres gens, qui aiment fort les femmes qui disent bien, mais qui trouvent très importunes celles qui ont toujours bien dit. » ; curieuses ( la femme de La Barbe bleue a failli payer de sa vie sa trop grande curiosité) ; rusée, Perrault laisse supposer que l’anneau de Peau d’Âne n’est pas tombée accidentellement dans la pâte du gâteau qu’elle préparait pour le fils du roi, mais  » que par elle exprès il y fut mis » ; Cendrillon ne manque pas non plus de malice quand elle demande à ses soeurs comment s’est déroulé le bal et comment était la belle princesse inconnue ; orgueilleuses, telle l’aînée du conte des Fées ; impatiente, sauf Giselidis, bien sûr, comme le rappelle Perrault dans la deuxième moralité de La Belle au bois dormant :  » [...] on n perd rien pour attendre ; / Mais le sexe avec tant d’ardeur, Aspire à la fois conjugale, / Que je n’ai ni la force, ni le coeur, / De lui prêcher cette morale. » ; duelle, Dans Griselidis, Perrault dresse un portrait antithétique de la jeune fille et de la femme mariée : selon lui, les qualités de la jeune fille ne sont que pure hypocrisie, un masque de vertu, de bonté, de pudeur et de sincérité, qui dissimule sa véritable personnalité,  » chagrine et que rien ne récrée »,  » dévote qui crie et gronde à tout moment »,  » Coquette, qui n’a jamais assez d’amants »,  » précieuse »,  » joueuse » , en d’autres termes la femme mariée est rebelle au plaisir, affiche une fausse pudeur, joue à la femme savante, elle est frivole, infidèle et dépensière. La femme finalement n’est que défauts et rares sont les qualités qu’on lui reconnaît. or la bonté, qualité qui se retrouve chez la plupart des héroïnes, la droiture de Peau d’Âne, encore que c’est grâce à sa marraine la fée qu’elle ne succombe pas au désir incestueux de son père, force est de constater que seule Griselidis est un modèle de vertus, d’une perfection telle qu’elle est hors de toute vraisemblance.
-son emprise sur les hommes : Toute la nouvelle de Griselidis, illustre la méfiance que les hommes nourrissent à l’égard des femmes tant elles sont versatiles mais aussi et surtout tant elles sont autoritaire :  » Dans la diversité des routes qu’elles tiennent, / Il n’est qu’une chose où je voi / Qu’enfin toutes elles conviennent, / C’est de vouloir donner la loi. ». Or il faut admettre que pour les maris du dix-septième siècle,très attaché à leurs prérogatives de chef de famille, le pouvoir de la femme était vécu comme un véritable crime de lèse virilité :  » [...] je suis convaincu que dans le mariage / On ne peut jamais vivre heureux, / Quand on y commande tous deux / » aussi le roi n’acceptera de prendre femme que s’il trouve la perle rare  » D’une obéissance achevée / D’une patience éprouvée ». ( lire à ce sujet le chapitre consacré au mariage) ( à ce sujet il est intéressant de relire les propos d’Arnolphe dans L’École des femmes de Molière s’adressant à Agnès, sa future épouse :  » Du côté de la barbe est la toute puissance. / Bien qu’on soit deux moitiés de la société, / Ces deux moitiés pourtant n’ont point d’égalité : / L’une est moitié suprême et l’autre subalterne ; / L’une est en tout soumise à l’autre qui gouverne. » et de relire Les maximes du mariage ou les Devoirs de la femme mariée :  » Celle qu’un lien honnête / Fait entrer dans le lit d’autrui, / Doit se mettre dans la tête, / Malgré le train d’aujourd’hui, / Que l’homme qui la prend, ne la prend que pour lui. ») Si le mari de Griselidis a de fait trouvé une femme soumise, aimante, patiente, il n’en est pas de même pour le père de Cendrillon qui, en seconde noces, épouse une femme qu’il craint et qui « le gouvern[e] entièrement » ; l’épouse du bûcheron des Souhaits ridicules, reproche vertement à son mari son impulsivité et son manque de discernement :  » Il n’est point de pouille et d’injure / Que de dépit et de courroux / Elle ne dit au pauvre époux » et, dans la moralité de La Barbe bleue, Perrault se plaît à rappeler que son siècle ne connaît plus de mari cruel et autoritaire car tout mari  » Près de sa femme on le voit filer doux ; / Et de quelque couleur que sa barbe puisse être, / On a peine à juger qui des deux est le maître. »
REMARQUE : la mère de Peau d’Âne, bien que très peu présente dans le conte, incarne à elle seule quatre des plus grands défauts reconnus aux femmes : l’orgueil, la ruse, la jalousie, l’autorité. En effet, le serment qu’elle demande à son mari avant que de mourir est une véritable prise de pouvoir post mortem sur son mari. En effet, en lui demandant de ne se remarier qu’avec une femme qui serait plus jolie et plus sage qu’elle, persuadée qu’elle était si parfaite qu’une telle créature ne se pût trouver, elle lui imposait un veuvage à durée indéterminée, ultime revanche qu’elle prend sur la vie ( ou sur la mort) :  » Sa confiance en ses attraits / Lui faisait regarder une telle promesse / Comme un serment, surpris avec adresse, / de ne se marier jamais. » Notons que c’est son orgueil et sa prétention à se croire la plus belle qui est à l’origine du malheur de sa fille. mais pour autant, on ne peut accorder de circonstances atténuantes au père incestueux.



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