Le pouvoir du merveilleux dans les contes de Perrault

Le pouvoir du merveilleuxLe pouvoir dans les contes de fées est le surnaturel, caractéristique du merveilleux : les personnages surnaturels tels les fées (marraines de Peau d’âne, de Cendrillon, vieille femme des Fées), les ogres, les animaux prodigieux ( le Chat), ou  les accessoires magiques ( clef «  fée », bottes de sept lieues du PP, ) ont le pouvoir de transformer les situations, de changer les destinées.

Le pouvoir du merveilleux se justifie par le  genre et le destinataire : les enfants ne font pas la même différence entre le réel et le fictif , ce pouvoir est donc pour eux crédible. Pour les adultes, il s’agit d’une convention divertissante.

Le pouvoir des Fées : ( fée vient de Fata : destin)Ainsi, les fées ont bien un pouvoir surnaturel, elles métamorphosent ( Cendrillon ou Les Fées), elles accomplissent les vœux qu’elles formulent ( BBD), elles changent même le destin des héros ( RH/ Cendrillon) et sont proches des personnages mythiques des Parques qui président aux destinées. Toutefois, on a vu dans l’étude des registres que Perrault subvertissait le registre du merveilleux par l’ironie(BBD), le réalisme( épilogue PP) et l’analyse psychologique ( RH).  On peut ajouter que les fées se rapprochent de modèles maternels dans leur rôle éducateur et moral : quand les parents sont défaillants ou indignes( PA) , les fées sont de bonnes mères protectrices( représentation de la grotte comme une cavité maternelle), ou qui corrigent ( Cendrillon doit revenir avant minuit) . Ces personnages sont des figures parentales de substitution :  elles retracent  la ligne entre bien et mal, vice et vertu. Ce qui les humanise encore, c’est qu’elles sont loin d’être toutes-puissantes dans Perrault : La marraine de Peau d’âne échoue à plusieurs reprises. Les Fées de BBD ne peuvent pas défaire ce que l’ « aînée a fait ». Les fées sont aussi ambiguës , parfois  sorcière ( celle qui jette le mauvais sort dans BBD)

Chez Doré : Les fées sont très peu représentées chez Doré. De surcroît, elles ressemblent à de bonnes vielles dames ( Cendrillon et Les Fées).  Les jolies fées de Perrault sont remplacées par des paysannes corpulentes et  ridées. Elles sont encore moins «  surnaturelles » que dans Perrault : le bâton a remplacé la baguette dans Cendrillon.On ne les voit pas exercer la magie. Elles ressemblent à la grand-mère qui lit les contes aux enfants ( du moins pour Cendrillon) et aux autres vielles dames ordinaires du royaume ( comme celle qui a encore un fuseau dans BBD).

Les ogres : Le mot apparaît en 1762 seulement dans le dictionnaire de l’Académie, comme «  un monstre imaginaire qu’on suppose manger de la chair humaine », la mention de la taille géante n’apparaît que dans la sixième version du dictionnaire de l’académie en 1832-1835.(cf  Tourrette)

 Le pouvoir des ogres tient à l’effroi qu’il suscite et au fait qu’il représente la pulsion animale et sauvage à l’état pur. Ils vivent d’ailleurs dans la forêt.  Chez Perrault, l’absence de description physique de l’ogre renforce la peur: l’imagination du jeune lecteur peut remplir ce vide  selon ses angoisses ( cf document annexe Bettelheim). Malgré tout , Perrault désamorce leur pouvoir effrayant :Hormis leur régime cannibale, ils sont plaisamment traités et inspire même de l’affection :ainsi le prince de la BBD est «  fâché » de la mésaventure fatale de l’ogresse «  elle était sa mère ».Pareillement, l’ogre du PP, «  ne laissait pas d’être fort bon mari, quoiqu’il mangeât les petits-enfants ». Enfin,  les petites  ogresses ont une apparence flatteuse : leur « beau » teint est dû à leur consommation de viande fraîche, PP 207). Leur description rejoint celle d’une  sorcière un peu grotesque doublée d’une fonction exclusivement digestive. ( On sait l’importance de l’oralité puis du stade sadique/anal chez les enfants). Chez Perrault, les ogres ont quelque chose d’humain : ils ont même un certain statut social ( BBD l’ogresse est reine et dans CB, l’ogre est le seigneur d’un château et reçoit comme «  le peut un ogre » ). Ainsi, chez Perrault ce personnage surnaturel est-il proche de l’humain, rien n’indique sa taille de géant. Enfin, le pouvoir de l’ogre est limité car il est surtout un estomac et la ruse, l’esprit lui manquent. C’est ainsi que malgré sa force, son caractère terrible, il est mis en échec par l’intelligence du plus petit  héros ( PP).

Chez Doré, l’ogre est bien représenté, en particulier dans PP.C’ est un géant inquiétant.  Il représente une forme de la masculinité brutale.( le masculin domine dans l’univers de Doré alors que tout est tourné vers le personnage et le destinataire féminin dans Perrault)

PP : On le voit entouré de nourriture, de cadavres d’ossements, le visage plein, le sourire avide, les yeux exorbités, la panse pleine, un verre à la main  avec son épouse p. 257, et avant de dévorer ses filles p.259. Il est l’allégorie même du désir de dévorer, de la satisfaction des besoins vitaux. Il est effrayant par la taille de ses ustensiles ( fourchettes/ couteaux, coutelas, même si la frontière est mince avec la parodie).

MC : Ogre/ seigneur mangeant à la fois de la chair animal et de la chair de bébés./ éléments de parodie.

BB : Barbe bleue reprend le code de représentation de l’ogre, yeux exorbités, visage rempli, taille imposante. La cruauté morale fait de Barbe Bleue un monstre/ogre.

Une image du père ? L’ogre étant surtout un homme chez Doré, l’image de la masculinité pourrait renvoyer à une image de père . Malgré tout, le vol des bottes semble symboliquement évoqué le «  meurtre » du père par le fils ( explication oedipienne de Tourrette)..

D’autres personnages ont des pouvoirs surnaturels mais là encore, le merveilleux est souvent dissipé par l’interprétation plus psychologique ou historique ( le Maître chat est le courtisan rusé….).



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